Conflit·Démocratie·Réconciliation·Violence

Interview de Charles Rojzman à Dresde

2016 01 21 (36)-min

Vous venez à Dresde, pour aider les habitants de la ville qui ont des opinions opposées  à partager leurs expériences et à surmonter les conflits qui les opposent. Sommes-nous les seuls à avoir ce genre de problèmes ?

Partout en Europe, aujourd’hui, les sociétés sont divisées, fracturées même. Une des raisons, est le fossé grandissant entre la politique et les citoyens qui ne sentent pas vraiment représentés par ceux  qu’ils élisent et qui trop souvent des intérêts partisans ou économiques. Ce malentendu entre la politique et les citoyens et ce manque de transparence  nous rend impuissants dans les situations de crise que nous traversons.

Que pensez-vous à ce propos de la crise des réfugiés qui a beaucoup agité l’opinion ici à Dresde et qui a donné lieu à de nombreuses er régulières manifestations ?

J’ai remarqué que beaucoup de colères se sont exprimées  contre les politiques et contre les medias. Cette colère s’explique par la crainte de l’inconnu  que représente cette arrivée massive de réfugiés, crainte surtout de l’islam, puisque la plupart de ces réfugiés viennent de pays musulmans.  Les gens ont peur de ces différences de modes de vie, de valeur, de ces différences civilisationnelles.  Ces peurs sont un obstacle à une bonne intégration de ces populations et elles sont, il faut le remarquer, réciproques.

Devant ces questions, la population est divisée. Je constate une absence totale de dialogue entre ceux qui pensent qu’il est du devoir de l’Allemagne riche d’accueillir ces populations qui fuient la pauvreté ou la guerre et ceux que pensent que le pays a besoin en priorité  de s’occuper de ces propres pauvres et ont peur que ces réfugiés mettent en danger l’identité du pays.  Chacun reste avec son opinion qui est souvent trop manichéenne.

Vous avez créé il y a vingt cinq ans la thérapie sociale ? Que faut il entendre par cette notion de thérapie sociale ?

La thérapie sociale est une « thérapie », parce qu’elle est au départ issue des outils et du « regard »  des psychothérapies, analytiques ou non. Mais elle est aujourd’hui une discipline à part entière. Il s’agit d’une approche approfondie de la gestion de Conflits qui a pour objectif de permettre et de faciliter  la rencontre de personnes qui vivent ou travaillent ensemble et qui ont des normes et des valeurs différentes , et  qui appartiennent aussi à des milieux sociaux ou identitaires différents.  Elle ne consiste pas à pacifier les conflits mais au contraires à leur permettre d’émerger  pour résoudre les problèmes des communautés. Ainsi, par exemple, la Thérapie sociale ne s’attache à lutter contre le racisme, mais elle traite les causes des situations malheureuses qui créent de la peur et de la haine entre les groupes, elle traite les souffrances de tous les acteurs d’un système dans une ville, dans un quartier, dans une institution ou une entreprise.

La « Thérapie sociale » suppose que tous les acteurs d’un Système, ont une part de responsabilité qui n’est bien entendu pas la même mais qu’ils ont besoin de regarder et de reconnaître.  Dans les groupes de Thérapie sociale, personne n’est à priori  estampillé bon ou mauvais. C’est le groupe lui même qui aide chacun à voir sa responsabilité.

Comment fonctionne la thérapie sociale ?

La Thérapie sociale interprète une situation de violence comme un conflit  qui ne parvient à l’expression entre des personnes qui ont des intérêts variés et parfois contradictoires  et donc des réactions émotionnelles. Elle veut créer les conditions d’une véritable coopération qui passe par l’expression des conflits et permet de transformer la violence. Pour cela, elle met en place un véritable processus thérapeutique dans lequel tous sont impliqués.

Comment parvenez-vous à faire se rencontrer des gens qui ne veulent pas se parler et s’écouter ?

Il faut convaincre les gens que ce dialogue leur apportera un gain. Ils ont besoin d’être motivé par autre chose que le dialogue. Ils veulent résoudre des problèmes. Nous avons commencé dans plusieurs quartiers de Dresde et nous allons continuer à inviter les citoyens d’autres quartiers

Ne serait-ce pas plutôt la tache des politiciens d’écouter les préoccupations et les besoins des gens ?

Certainement. Mais parfois, les Politiciens se sentent aussi impuissants que la population qu’ils devraient soutenir ? Eux aussi ont besoin de soutien. Nous avons tous  besoin d’une nouvelle culture démocratique: apprendre à nous écouter les uns les autres, y compris en acceptant les conflits et en essayant de leur trouver des solutions.

Vous avez invité les citoyens ? Ne serait-il pas nécessaire d’inviter  également les politiciens dans un tel processus démocratique 

Les Politiciens viendront dans la deuxième Phase du Processus : le Maire, , les conseillers Municipaux, les Responsables de la Police, de l’Éducation et de nombreux autres. Tous ont besoin des avis et des propositions  des citoyens pour qu’à la fin, grâce à ces échanges,  de bonnes décisions soient prises.

Il faut beaucoup de patience pour arriver à un tel résultat ?

Ce n’est pas une question de patience mais de prise de conscience de la part des décideurs qu’un tel processus est nécessaire.

Pouvez-vous à Dresde voir une chance que de nouveau tous tirent dans le même sens ?

 Oui, et c’est mon souhait.

Auriez-vous une devise pour vous et votre travail?

Je suis un Pessimiste actif. Je vois les périls qui menacent nos sociétés. Je reste lucide et sans illusions mais je reste convaincu qu’il est possible de faire quelque chose, de changer individuellement et collectivement.

Merci pour cet échange !

Propos recueillis par Edith Säuberlich

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