Conflit·Démocratie·Diversité

Une vision nouvelle du vivre ensemble

vivre ensemble

L’expression « vivre ensemble » a été utilisée par Charles Rojzman dès les années 1980. Les groupes de projets qu’il menait dans diverses villes et régions consistaient à aider les groupes d’acteurs à surmonter les difficultés à se rencontrer et se parler à cœur ouvert afin de leur permettre de développer une intelligence collective réelle, les aider à se libérer des impasses de la victimisation et du sentiment d’impuissance.

Aujourd’hui, cette expression est employée tous azimuts avec l’idée que cela serait une panacée, la solution miracle à tous nos problèmes. Il suffirait d’être d’accord de vivre ensemble pour que, par miracle, tous nos problèmes disparaissent. En somme, faire connaissance avec l’autre ferait disparaître les séparations, la distance et l’inquiétude qu’il suscite. En conséquence, la peur de l’autre est stigmatisée, moralement interdite, afin d’obliger les uns et les autres à cohabiter en paix.

Vivre ensemble supposerait dans cette vision des choses que les conflits ne doivent pas exister. Nous devons tous nous aimer ou du moins tolérer les différences de l’autre. L’idée est belle et louable, mais elle omet une réalité de la vie : nous ne sommes pas seulement différents, nous sommes aussi en désaccord, nos avis, nos valeurs divergent ainsi que nos manières de concevoir la vie en société, l’éducation, le civisme, la religion, le bien et le mal…

Dans une vision réaliste des êtres humains et de leurs relations, il s’agit d’accepter que la vie sociale, les rapports de travail ou de voisinage, la vie politique sont régulièrement traversées par des tensions, voire des violences, et qu’il importe de savoir les gérer. Vivre sans conflits, cela revient à taire ce que l’on pense, ce que l’on désire, renoncer à se défendre lorsqu’on nous attaque, faire plaisir à l’autre même si l’on n’est pas d’accord, tout cela au nom d’une entente parfaite. Cela signifie tout accepter des autres, parfois au détriment de nos propres intérêts ou de nos propres convictions. Or, il ne s’agit pas de tolérer tous les discours et tous les actes pour construire une société sans heurts.

La Thérapie Sociale que nous pratiquons repose sur une vision nouvelle du vivre ensemble. Elle cherche à construire des liens sociaux entre les êtres humains qui soient le reflet d’un désir de vivre et d’agir collectivement, issus d’un processus de rencontre et de responsabilisation réciproque et non d’une imposition idéologique ou d’injonctions morales. Notre délicate mission d’êtres humains est de faire société avec les gens tels qu’ils sont, inégaux, apeurés, angoissés, névrosés et aussi créatifs, entreprenants, constructifs, coopératifs, aimants. Ce n’est que grâce au conflit que l’on peut parler ensemble du réel et agir de manière réellement démocratique. Accepter chaque être humain n’est pas égal à tout tolérer, cela signifie accepter de vivre avec des conflits. Pour nous préserver de la violence.

 

Intelligence collective·Leadership

L’intelligence collective : fondement de la coopération

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Les organisations, tant dans le secteur public que dans le privé, tendent à se complexifier toujours davantage. Les métiers se diversifient, d’autres se créent, les services ont remplacé progressivement l’activité industrielle basée sur la fabrication des objets. La structuration et la hiérarchisation des relations de travail et des facteurs tels que la formation et la qualification des employés prennent de plus en plus d’importance. En y ajoutant encore l’interdépendance des postes et des fonctions dans les organisations et les pressions financières qui pèsent sur les marchés, mais aussi sur la gestion des budgets des administrations publiques, on mesure la vitesse et la profondeur des changements qu’a connu le monde du travail ce dernier demi-siècle.

Ils ont des conséquences non négligeables sur la dimension collective du travail, les employés étant aujourd’hui face à l’obligation de travailler en équipes et en réseaux d’une part. D’autre part, la pluralité des pouvoirs et des niveaux de responsabilités de nombreux sytèmes entraînent une nécessité de gérer autrement la complexité non seulement aux niveaux organisationnel et mangérial mais aussi relationnel et émotionnel.

Travailler en équipe n’est en réalité possible que si l’on est en capacité de s’exprimer, de dire ce que l’on sait, d’apporter ses informations, d’obtenir des autres ce qui est nécessaire en temps voulu. Ces capacités reposent en quelque sorte sur le fait de pouvoir être soi-même dans l’exercice de sa fonction, dans son interaction avec les autres. Le professionnel, l’équipe tout comme les partenaires doivent pouvoir parler avec franchise de leur réalité. De leurs observations, de leurs expertises spécifiques mais aussi de leurs difficultés voire de leurs échecs et de ce qui en sont les causes réelles. Enfin, ils doivent pouvoir aussi les accepter chez les autres.

Une coresponsabilité d’ordre systémique peut concourir à une meilleure évolution commune. C’est seulement à partir de cette qualité de relations que nous pouvons parler d’intelligence collective. Les équipes et les organisation sont alors plus à même de résoudre les problèmes, grâce à une bonne circulation de l’information. Nous observons  fréquemment que lorsque les collectifs ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, c’est souvent dû à un manque de circulation des informations, alors que les professionnels sont compétents et même parfois très formés dans leur domaine. Les échecs s’expliquent bien moins par une manque capacité ou de qualification que par le fait de trop peu prendre en compte les contraintes et les réalités des autres. Il s’avère dans la plupart des situations que c’est cela qui explique le décalage fréquent entre les objectifs définis et les objectifs atteints.

Notre travail consiste tantôt à créer les conditions relationnelles de l’intelligence collective, tantôt à former les managers, responsables et leaders à le faire. À créer un groupe dans lequel l’intelligence collective va permettre une action des individus sur les objectifs communs et les transformations souhaités, ceux-ci trouvant un profond plaisir à travailler ensemble, développer leur créativité et les innovations nécessaires face aux défis rencontrés.

Démocratie·Réconciliation

Ensemble pour préparer l’avenir!

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Chers amis, chers partenaires, chers lecteurs,

Nous entrons dans une nouvelle année, une année avec son lot de défis sans doute pour tout un chacun, certainement pour notre société et notre planète. Nous vous souhaitons cette année l’envie d’entreprendre et d’agir, la créativité pour la concrétiser, la confiance en vous et votre entourage, la lucidité sur le monde, ses souffrances et ses beautés.

Cette année, nous souhaitons mettre notre engagement au service d’une reconquête commune : la reconquête d’un art de vivre, l’art de bien vivre avec les autres, de bien vivre avec soi-même, de bien vivre au travail et dans la société.

Notre engagement est celui de développer et de renforcer partout où nous agissons les conditions d’une coopération solide et créatrice entre les personnes, les groupes et dans les organisations. De renforcer la vie démocratique à l’heure où elle souffre et se trouve ici affaiblie, là menacée. De transmettre les moyens et de développer les ressources en chacun pour participer à ce projet collectif qui nous apparaît aujourd’hui urgent.

Le nouveau blog de l’Institut Charles Rojzman vous permettra dès à présent de suivre nos activités, projets, commentaires sur l’actualité et réflexions de fond autour des thèmes et sous les angles propres à la Thérapie sociale. Vous pouvez nous suivre, nous partager vos commentaires, vous abonner, faire parler de nous… Nous vous invitons à prendre part à l’aventure!

Conflit·Démocratie·Intelligence collective

Pourquoi la Thérapie sociale aujourd’hui?

Thérapie sociale Institut Charles Rojzman

Partout où nous travaillons, nous constatons l’ambivalence des êtres humains. Leur capacité de destruction et de construction, leur empathie et leur capacité de fraternité, leur capacité de haine, de faire du mal.

Partout où nous travaillons, nous observons une même difficulté à la coopération, autrement dit à vivre et à travailler ensemble en raison de peurs, de méfiances, de préjugés, de toutes ces violences plus ou moins subtiles que nous subissons et faisons subir aux autres.

Si nous parlons de Thérapie sociale, c’est justement par ce que les êtres humains ne sont pas uniquement guidés par la raison et l’intérêt. Les émotions, et en particulier les émotions de groupe, jouent un rôle décisif dans notre vie en société. Notre conscience et notre perception de la réalité peuvent être manipulées par des émotions et des passions, en particulier dans ces situations de crise et de tension qui réveillent des peurs originelles. Les représentations peuvent devenir folles et engendre des conduites violentes, contre soi-même ou contre les autres.

La Thérapie sociale pratiquée et enseignée dans plusieurs pays ne cherche pas à tout prix à défendre la paix, sous prétexte que les conflits ne devraient pas exister entre les groupes humains. Notre méthode est une pratique concrète de transformation de la violence, pour recréer les fondements de la fraternité. Pour cela, nous construisons des espaces de conflits constructifs, permettant le rapprochement des gens et des milieux en dépassant les peurs, la violence et parfois la haine, et en permettant la remise en question de soi et des autres, le partage d’information débarrassé des filtres émotionnels et idéologiques. Et cette réalité est le socle commun qui permet de construire une société solide en retrouvant un lien avec les autres tels qu’ils sont.

 

Conflit·Démocratie·Réconciliation·Violence

Interview de Charles Rojzman à Dresde

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Vous venez à Dresde, pour aider les habitants de la ville qui ont des opinions opposées  à partager leurs expériences et à surmonter les conflits qui les opposent. Sommes-nous les seuls à avoir ce genre de problèmes ?

Partout en Europe, aujourd’hui, les sociétés sont divisées, fracturées même. Une des raisons, est le fossé grandissant entre la politique et les citoyens qui ne sentent pas vraiment représentés par ceux  qu’ils élisent et qui trop souvent des intérêts partisans ou économiques. Ce malentendu entre la politique et les citoyens et ce manque de transparence  nous rend impuissants dans les situations de crise que nous traversons.

Que pensez-vous à ce propos de la crise des réfugiés qui a beaucoup agité l’opinion ici à Dresde et qui a donné lieu à de nombreuses er régulières manifestations ?

J’ai remarqué que beaucoup de colères se sont exprimées  contre les politiques et contre les medias. Cette colère s’explique par la crainte de l’inconnu  que représente cette arrivée massive de réfugiés, crainte surtout de l’islam, puisque la plupart de ces réfugiés viennent de pays musulmans.  Les gens ont peur de ces différences de modes de vie, de valeur, de ces différences civilisationnelles.  Ces peurs sont un obstacle à une bonne intégration de ces populations et elles sont, il faut le remarquer, réciproques.

Devant ces questions, la population est divisée. Je constate une absence totale de dialogue entre ceux qui pensent qu’il est du devoir de l’Allemagne riche d’accueillir ces populations qui fuient la pauvreté ou la guerre et ceux que pensent que le pays a besoin en priorité  de s’occuper de ces propres pauvres et ont peur que ces réfugiés mettent en danger l’identité du pays.  Chacun reste avec son opinion qui est souvent trop manichéenne.

Vous avez créé il y a vingt cinq ans la thérapie sociale ? Que faut il entendre par cette notion de thérapie sociale ?

La thérapie sociale est une « thérapie », parce qu’elle est au départ issue des outils et du « regard »  des psychothérapies, analytiques ou non. Mais elle est aujourd’hui une discipline à part entière. Il s’agit d’une approche approfondie de la gestion de Conflits qui a pour objectif de permettre et de faciliter  la rencontre de personnes qui vivent ou travaillent ensemble et qui ont des normes et des valeurs différentes , et  qui appartiennent aussi à des milieux sociaux ou identitaires différents.  Elle ne consiste pas à pacifier les conflits mais au contraires à leur permettre d’émerger  pour résoudre les problèmes des communautés. Ainsi, par exemple, la Thérapie sociale ne s’attache à lutter contre le racisme, mais elle traite les causes des situations malheureuses qui créent de la peur et de la haine entre les groupes, elle traite les souffrances de tous les acteurs d’un système dans une ville, dans un quartier, dans une institution ou une entreprise.

La « Thérapie sociale » suppose que tous les acteurs d’un Système, ont une part de responsabilité qui n’est bien entendu pas la même mais qu’ils ont besoin de regarder et de reconnaître.  Dans les groupes de Thérapie sociale, personne n’est à priori  estampillé bon ou mauvais. C’est le groupe lui même qui aide chacun à voir sa responsabilité.

Comment fonctionne la thérapie sociale ?

La Thérapie sociale interprète une situation de violence comme un conflit  qui ne parvient à l’expression entre des personnes qui ont des intérêts variés et parfois contradictoires  et donc des réactions émotionnelles. Elle veut créer les conditions d’une véritable coopération qui passe par l’expression des conflits et permet de transformer la violence. Pour cela, elle met en place un véritable processus thérapeutique dans lequel tous sont impliqués.

Comment parvenez-vous à faire se rencontrer des gens qui ne veulent pas se parler et s’écouter ?

Il faut convaincre les gens que ce dialogue leur apportera un gain. Ils ont besoin d’être motivé par autre chose que le dialogue. Ils veulent résoudre des problèmes. Nous avons commencé dans plusieurs quartiers de Dresde et nous allons continuer à inviter les citoyens d’autres quartiers

Ne serait-ce pas plutôt la tache des politiciens d’écouter les préoccupations et les besoins des gens ?

Certainement. Mais parfois, les Politiciens se sentent aussi impuissants que la population qu’ils devraient soutenir ? Eux aussi ont besoin de soutien. Nous avons tous  besoin d’une nouvelle culture démocratique: apprendre à nous écouter les uns les autres, y compris en acceptant les conflits et en essayant de leur trouver des solutions.

Vous avez invité les citoyens ? Ne serait-il pas nécessaire d’inviter  également les politiciens dans un tel processus démocratique 

Les Politiciens viendront dans la deuxième Phase du Processus : le Maire, , les conseillers Municipaux, les Responsables de la Police, de l’Éducation et de nombreux autres. Tous ont besoin des avis et des propositions  des citoyens pour qu’à la fin, grâce à ces échanges,  de bonnes décisions soient prises.

Il faut beaucoup de patience pour arriver à un tel résultat ?

Ce n’est pas une question de patience mais de prise de conscience de la part des décideurs qu’un tel processus est nécessaire.

Pouvez-vous à Dresde voir une chance que de nouveau tous tirent dans le même sens ?

 Oui, et c’est mon souhait.

Auriez-vous une devise pour vous et votre travail?

Je suis un Pessimiste actif. Je vois les périls qui menacent nos sociétés. Je reste lucide et sans illusions mais je reste convaincu qu’il est possible de faire quelque chose, de changer individuellement et collectivement.

Merci pour cet échange !

Propos recueillis par Edith Säuberlich