Intelligence collective·Leadership

L’intelligence collective : fondement de la coopération

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Les organisations, tant dans le secteur public que dans le privé, tendent à se complexifier toujours davantage. Les métiers se diversifient, d’autres se créent, les services ont remplacé progressivement l’activité industrielle basée sur la fabrication des objets. La structuration et la hiérarchisation des relations de travail et des facteurs tels que la formation et la qualification des employés prennent de plus en plus d’importance. En y ajoutant encore l’interdépendance des postes et des fonctions dans les organisations et les pressions financières qui pèsent sur les marchés, mais aussi sur la gestion des budgets des administrations publiques, on mesure la vitesse et la profondeur des changements qu’a connu le monde du travail ce dernier demi-siècle.

Ils ont des conséquences non négligeables sur la dimension collective du travail, les employés étant aujourd’hui face à l’obligation de travailler en équipes et en réseaux d’une part. D’autre part, la pluralité des pouvoirs et des niveaux de responsabilités de nombreux sytèmes entraînent une nécessité de gérer autrement la complexité non seulement aux niveaux organisationnel et mangérial mais aussi relationnel et émotionnel.

Travailler en équipe n’est en réalité possible que si l’on est en capacité de s’exprimer, de dire ce que l’on sait, d’apporter ses informations, d’obtenir des autres ce qui est nécessaire en temps voulu. Ces capacités reposent en quelque sorte sur le fait de pouvoir être soi-même dans l’exercice de sa fonction, dans son interaction avec les autres. Le professionnel, l’équipe tout comme les partenaires doivent pouvoir parler avec franchise de leur réalité. De leurs observations, de leurs expertises spécifiques mais aussi de leurs difficultés voire de leurs échecs et de ce qui en sont les causes réelles. Enfin, ils doivent pouvoir aussi les accepter chez les autres.

Une coresponsabilité d’ordre systémique peut concourir à une meilleure évolution commune. C’est seulement à partir de cette qualité de relations que nous pouvons parler d’intelligence collective. Les équipes et les organisation sont alors plus à même de résoudre les problèmes, grâce à une bonne circulation de l’information. Nous observons  fréquemment que lorsque les collectifs ne parviennent pas à atteindre leurs objectifs, c’est souvent dû à un manque de circulation des informations, alors que les professionnels sont compétents et même parfois très formés dans leur domaine. Les échecs s’expliquent bien moins par une manque capacité ou de qualification que par le fait de trop peu prendre en compte les contraintes et les réalités des autres. Il s’avère dans la plupart des situations que c’est cela qui explique le décalage fréquent entre les objectifs définis et les objectifs atteints.

Notre travail consiste tantôt à créer les conditions relationnelles de l’intelligence collective, tantôt à former les managers, responsables et leaders à le faire. À créer un groupe dans lequel l’intelligence collective va permettre une action des individus sur les objectifs communs et les transformations souhaités, ceux-ci trouvant un profond plaisir à travailler ensemble, développer leur créativité et les innovations nécessaires face aux défis rencontrés.

Démocratie·Réconciliation

Ensemble pour préparer l’avenir!

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Chers amis, chers partenaires, chers lecteurs,

Nous entrons dans une nouvelle année, une année avec son lot de défis sans doute pour tout un chacun, certainement pour notre société et notre planète. Nous vous souhaitons cette année l’envie d’entreprendre et d’agir, la créativité pour la concrétiser, la confiance en vous et votre entourage, la lucidité sur le monde, ses souffrances et ses beautés.

Cette année, nous souhaitons mettre notre engagement au service d’une reconquête commune : la reconquête d’un art de vivre, l’art de bien vivre avec les autres, de bien vivre avec soi-même, de bien vivre au travail et dans la société.

Notre engagement est celui de développer et de renforcer partout où nous agissons les conditions d’une coopération solide et créatrice entre les personnes, les groupes et dans les organisations. De renforcer la vie démocratique à l’heure où elle souffre et se trouve ici affaiblie, là menacée. De transmettre les moyens et de développer les ressources en chacun pour participer à ce projet collectif qui nous apparaît aujourd’hui urgent.

Le nouveau blog de l’Institut Charles Rojzman vous permettra dès à présent de suivre nos activités, projets, commentaires sur l’actualité et réflexions de fond autour des thèmes et sous les angles propres à la Thérapie sociale. Vous pouvez nous suivre, nous partager vos commentaires, vous abonner, faire parler de nous… Nous vous invitons à prendre part à l’aventure!

Conflit·Diversité·Vie émotionnelle·Violence

Face aux défis de l’intégration: favoriser les conflits

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Un monde globalisé qui souhaite préserver son mode de vie démocratique est nécessairement confronté à un défi complexe : entretenir et renforcer la cohabitation, faire société tous ensemble dans une grande diversité. Peinant à intégrer cette diversité dans un projet commun, l’Europe est aujourd’hui sur le point de se déchirer.

Cette polarisation croissante de la société civile autour des questions liées à l’intégration et à l’accueil des migrants aggrave la crise du lien social. Pourtant, comme toute crise, cette situation constitue certes un danger mais également une opportunité. Nous pouvons éviter de nous diriger vers des formes plus extrêmes de xénophobies et de replis communautaires, à condition de recréer de véritables dialogues entre des personnes et des groupes qui ne se parlent plus et qui ont des visions divergentes, voire contradictoires, de ces questions.

Nous pensons qu’un tel débat doit avoir lieu au niveau local de manière généralisée et au niveau plus global des institutions et des politiques régionales et nationales.

Au niveau local, il est possible d’agir très rapidement. L’approche de Thérapie sociale que nous développons, issue de nombreuses expériences menées ces dernières décennies, consiste à recréer des espaces de coopération entre des acteurs qui sont aujourd’hui souvent séparés ou isolés. Il s’agit de recréer un lien durable entre citoyens (autochtones et étrangers, associations, acteurs bénévoles, commerçants) et les professionnels de l’éducation, de la sécurité ou de l’intervention sociale, de la santé, de la prévention.

Mais attention, il ne suffit pas de créer des rencontres pour espérer recréer du lien et de la coopération. Il importe de soigner les relations entre les gens, entre les groupes d’appartenance. Qu’entendons-nous par soigner ? Les méfiances, les sentiments d’injustice, de discrimination, la haine, l’impuissance entraînent beaucoup de peur et de victimisation auprès de toutes les parties de la société. Nous ne proposons donc pas une psychothérapie des personnes mais un travail sur ces peurs, sur les défiances et les préjugés qui génèrent toujours beaucoup de violence lorsqu’ils sont masqués.

Les conflits autour de la diversité sont inévitables et ne peuvent assurément être résolus sans une prise en compte des émotions. Il s’agit d’un préalable incontournable pour favoriser l’action citoyenne dans la diversité. En effet, notre expérience dans différents pays, différents contextes a démontré que la diversité n’est jamais un problème en tant que tel. C’est l’incapacité d’entendre l’autre, de le comprendre même si nous sommes en désaccord, de voir en lui un adversaire certes, mais un être humain comme nous, qui empêche de vivre ensemble dans la diversité. Cela étant valable bien entendu pour les uns et les autres. La violence dans la relation, qu’elle prenne la forme de l’indifférence, du prosélytisme actif ou du fanatisme religieux et idéologique, constitue toujours un obstacle à la bonne entendu entre les individus et les groupes.   Il s’agit donc de créer les conditions de dialogues conflictuels là où les désaccords existent, afin d’éviter les divisions, séparations, ghettoïsations et la montée des extrémismes de tous bords.

Ainsi, nous pourrons traiter des conflits même profonds qui risquent de se transformer en violences collectives, en repli identitaire ou communautaire, en tentations autoritaires et xénophobes. Pour éviter ces dérives, la mise en place de solutions concertées est indispensable, sans quoi ce ne peut être un véritable projet de société. Pour réussir le délicat défi de l’intégration, un travail d’intégration et de développement citoyen doit donc permettre des conflits constructifs non seulement entre autochtones et migrants, mais bien au-delà.

Il implique un dialogue conflictuel au départ mais qui permette une réconciliation entre des groupes et des milieux aujourd’hui très opposés. Entre les partisans d’idéologies opposées dans la société d’accueil, entre les professionnels des institutions et organisations qui ne poursuivent pas toujours les mêmes buts, et aussi entre des migrants d’origines, de statuts, de confessions et de parcours très divers et sources de nombreuses tensions et crispations qui peut malheureusement contribuer en partie aussi à l’échec de leur intégration.

Pour se former : Vivre ensemble s’apprend ! 

 

 

Conflit·Intelligence collective·Leadership

La coopération passe par une réparation des liens

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Nous sommes aujourd’hui face à la nécessité de développer de nouveaux savoirs-être face aux crises profondes que connaît notre société. Les défis sont nombreux.

Comment maintenir une cohésion dans les équipes, dans les villes, comment amener à travailler ensemble des gens qui refusent de se parler, comment travailler et vivre avec les autres dans l’espace public, comment faire autorité en tant que chef d’entreprise face à une nouvelle génération d’employés, ou en tant qu’enseignant face à des élèves qui ont la haine, comment motiver des professionnels qui n’ont plus de motivation à bien travailler ?

Dans mon travail quotidien, j’observe qu’il est difficile pour tout un chacun de vivre ou de travailler avec des gens que l’on n’a pas choisi, de reconnaître les peurs et les angoisses que ces situations réveillent, de trouver des moyens de sortir du sentiment d’impuissance, de la victimisation sans chercher des coupables, des causes échappant à notre propre responsabilité et donc sans exercer de violences à notre tour.

Savoir travailler ensemble aujourd’hui demande d’apprendre à coopérer dans le conflit. En effet, le conflit est devenu inévitable dans nos sociétés car nous ne sommes pas toujours d’accord les uns avec les autres. Le conflit permet de valoriser les complémentarités. Il les enrichit tout en permettant de tenir compte des besoins parfois contradictoires des personnes. Sans le conflit, il est impossible de dialoguer, de faire entendre ses points de vue, de trouver sa place, de contribuer à une œuvre commune. Cet apprentissage du conflit permet de véritablement travailler ensemble, relever les défis et résoudre des problèmes de plus en plus complexes, de renforcer la coopération.

Ainsi, la coopération ne peut ni se décréter par des lois ou des règlements, ni s’enseigner de manière didactique, ni se développer par imitation ou adaptation a des schémas ou des modèles. Ces qualités d’être se développent à travers une guérison de nos relations avec nous-mêmes avec les autres, par un changement personnel rendu possible par la connaissance de nos propres violences et par le développement d’une responsabilité et d’une autonomie libérées des dogmatismes, des conditionnements idéologiques et des rigidités issues des blessures et des souffrances accumulées dans nos vies familiales et sociales.

Conflit·Démocratie·Intelligence collective

Pourquoi la Thérapie sociale aujourd’hui?

Thérapie sociale Institut Charles Rojzman

Partout où nous travaillons, nous constatons l’ambivalence des êtres humains. Leur capacité de destruction et de construction, leur empathie et leur capacité de fraternité, leur capacité de haine, de faire du mal.

Partout où nous travaillons, nous observons une même difficulté à la coopération, autrement dit à vivre et à travailler ensemble en raison de peurs, de méfiances, de préjugés, de toutes ces violences plus ou moins subtiles que nous subissons et faisons subir aux autres.

Si nous parlons de Thérapie sociale, c’est justement par ce que les êtres humains ne sont pas uniquement guidés par la raison et l’intérêt. Les émotions, et en particulier les émotions de groupe, jouent un rôle décisif dans notre vie en société. Notre conscience et notre perception de la réalité peuvent être manipulées par des émotions et des passions, en particulier dans ces situations de crise et de tension qui réveillent des peurs originelles. Les représentations peuvent devenir folles et engendre des conduites violentes, contre soi-même ou contre les autres.

La Thérapie sociale pratiquée et enseignée dans plusieurs pays ne cherche pas à tout prix à défendre la paix, sous prétexte que les conflits ne devraient pas exister entre les groupes humains. Notre méthode est une pratique concrète de transformation de la violence, pour recréer les fondements de la fraternité. Pour cela, nous construisons des espaces de conflits constructifs, permettant le rapprochement des gens et des milieux en dépassant les peurs, la violence et parfois la haine, et en permettant la remise en question de soi et des autres, le partage d’information débarrassé des filtres émotionnels et idéologiques. Et cette réalité est le socle commun qui permet de construire une société solide en retrouvant un lien avec les autres tels qu’ils sont.

 

Conflit·Démocratie·Réconciliation·Violence

Interview de Charles Rojzman à Dresde

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Vous venez à Dresde, pour aider les habitants de la ville qui ont des opinions opposées  à partager leurs expériences et à surmonter les conflits qui les opposent. Sommes-nous les seuls à avoir ce genre de problèmes ?

Partout en Europe, aujourd’hui, les sociétés sont divisées, fracturées même. Une des raisons, est le fossé grandissant entre la politique et les citoyens qui ne sentent pas vraiment représentés par ceux  qu’ils élisent et qui trop souvent des intérêts partisans ou économiques. Ce malentendu entre la politique et les citoyens et ce manque de transparence  nous rend impuissants dans les situations de crise que nous traversons.

Que pensez-vous à ce propos de la crise des réfugiés qui a beaucoup agité l’opinion ici à Dresde et qui a donné lieu à de nombreuses er régulières manifestations ?

J’ai remarqué que beaucoup de colères se sont exprimées  contre les politiques et contre les medias. Cette colère s’explique par la crainte de l’inconnu  que représente cette arrivée massive de réfugiés, crainte surtout de l’islam, puisque la plupart de ces réfugiés viennent de pays musulmans.  Les gens ont peur de ces différences de modes de vie, de valeur, de ces différences civilisationnelles.  Ces peurs sont un obstacle à une bonne intégration de ces populations et elles sont, il faut le remarquer, réciproques.

Devant ces questions, la population est divisée. Je constate une absence totale de dialogue entre ceux qui pensent qu’il est du devoir de l’Allemagne riche d’accueillir ces populations qui fuient la pauvreté ou la guerre et ceux que pensent que le pays a besoin en priorité  de s’occuper de ces propres pauvres et ont peur que ces réfugiés mettent en danger l’identité du pays.  Chacun reste avec son opinion qui est souvent trop manichéenne.

Vous avez créé il y a vingt cinq ans la thérapie sociale ? Que faut il entendre par cette notion de thérapie sociale ?

La thérapie sociale est une « thérapie », parce qu’elle est au départ issue des outils et du « regard »  des psychothérapies, analytiques ou non. Mais elle est aujourd’hui une discipline à part entière. Il s’agit d’une approche approfondie de la gestion de Conflits qui a pour objectif de permettre et de faciliter  la rencontre de personnes qui vivent ou travaillent ensemble et qui ont des normes et des valeurs différentes , et  qui appartiennent aussi à des milieux sociaux ou identitaires différents.  Elle ne consiste pas à pacifier les conflits mais au contraires à leur permettre d’émerger  pour résoudre les problèmes des communautés. Ainsi, par exemple, la Thérapie sociale ne s’attache à lutter contre le racisme, mais elle traite les causes des situations malheureuses qui créent de la peur et de la haine entre les groupes, elle traite les souffrances de tous les acteurs d’un système dans une ville, dans un quartier, dans une institution ou une entreprise.

La « Thérapie sociale » suppose que tous les acteurs d’un Système, ont une part de responsabilité qui n’est bien entendu pas la même mais qu’ils ont besoin de regarder et de reconnaître.  Dans les groupes de Thérapie sociale, personne n’est à priori  estampillé bon ou mauvais. C’est le groupe lui même qui aide chacun à voir sa responsabilité.

Comment fonctionne la thérapie sociale ?

La Thérapie sociale interprète une situation de violence comme un conflit  qui ne parvient à l’expression entre des personnes qui ont des intérêts variés et parfois contradictoires  et donc des réactions émotionnelles. Elle veut créer les conditions d’une véritable coopération qui passe par l’expression des conflits et permet de transformer la violence. Pour cela, elle met en place un véritable processus thérapeutique dans lequel tous sont impliqués.

Comment parvenez-vous à faire se rencontrer des gens qui ne veulent pas se parler et s’écouter ?

Il faut convaincre les gens que ce dialogue leur apportera un gain. Ils ont besoin d’être motivé par autre chose que le dialogue. Ils veulent résoudre des problèmes. Nous avons commencé dans plusieurs quartiers de Dresde et nous allons continuer à inviter les citoyens d’autres quartiers

Ne serait-ce pas plutôt la tache des politiciens d’écouter les préoccupations et les besoins des gens ?

Certainement. Mais parfois, les Politiciens se sentent aussi impuissants que la population qu’ils devraient soutenir ? Eux aussi ont besoin de soutien. Nous avons tous  besoin d’une nouvelle culture démocratique: apprendre à nous écouter les uns les autres, y compris en acceptant les conflits et en essayant de leur trouver des solutions.

Vous avez invité les citoyens ? Ne serait-il pas nécessaire d’inviter  également les politiciens dans un tel processus démocratique 

Les Politiciens viendront dans la deuxième Phase du Processus : le Maire, , les conseillers Municipaux, les Responsables de la Police, de l’Éducation et de nombreux autres. Tous ont besoin des avis et des propositions  des citoyens pour qu’à la fin, grâce à ces échanges,  de bonnes décisions soient prises.

Il faut beaucoup de patience pour arriver à un tel résultat ?

Ce n’est pas une question de patience mais de prise de conscience de la part des décideurs qu’un tel processus est nécessaire.

Pouvez-vous à Dresde voir une chance que de nouveau tous tirent dans le même sens ?

 Oui, et c’est mon souhait.

Auriez-vous une devise pour vous et votre travail?

Je suis un Pessimiste actif. Je vois les périls qui menacent nos sociétés. Je reste lucide et sans illusions mais je reste convaincu qu’il est possible de faire quelque chose, de changer individuellement et collectivement.

Merci pour cet échange !

Propos recueillis par Edith Säuberlich

Réconciliation·Violence

La réconciliation au Rwanda : un projet de guérison collective

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Depuis quelques années, nous formons des personnalités de la société civile rwandaise ainsi que des animateurs de processus de réconciliation qui font se rencontrer des ex-génocidaires et des rescapés contraints désormais de vivre ensemble.

L’apport de l’Institut Charles Rojzman au Rwanda consiste à former par la Thérapie sociale des acteurs sociaux appelés à intervenir à tous les échelons de la société rwandaise : écoles, dispensaires, prisons, pénitenciers où sont détenus les acteurs du génocide, communautés villageoises, etc… Cette formation vise, selon ses organisateurs, au « renforcement de la capacité à vivre ensemble et à la promotion de l’harmonie familiale au Rwanda par la Thérapie Sociale ». Face aux difficultés rencontrées sur le terrain dans le travail de rapprochement des rescapés et des bourreaux du génocide au Rwanda, l’Institut Charles Rojzman a formé aux outils de la Thérapie Sociale des professionnels d’un association locale, l’AMI. Cette expérience s’est révélée très positive et des impacts avérés ont été constatés dans le cadre de la restitution concertée des biens pillés durant le génocide, une étape qui pourtant génère de très importantes tensions sociales dans le pays. Notre méthode est utilisée depuis 2010 dans différentes zones d’intervention afin de contribuer au renforcement du processus de réconciliation et à la promotion familiale.

12 groupes antagonistes de rapprochement de rescapés et d’ex-prisonniers (6 groupes) et de couples souffrant de violences domestiques (6 groupes), soit 600 personnes, ont été suivies intensivement. Par démultiplication, 3600 bénéficiaires ont également profité de notre travail.

Cette formule présente l’avantage de pointer immédiatement ce qui pourrait apparaître comme un grand écart entre deux niveaux de réalité sur lesquels la thérapie est censée intervenir : les conséquences dramatiques du génocide d’un côté, les violences intra-familiales de l’autre. Or, l’un des aspects les plus intéressants de notre travail de Thérapie Sociale est justement de ne pas déconnecter ces niveaux : il n’y a pas d’un côté les séquelles dramatiques du génocide qui seraient dignes de toutes les attentions des spécialistes internationaux, et de l’autre des violences banalement quotidiennes que l’on pourrait laisser aux praticiens et acteurs sociaux africains. La violence génocidaire et la violence des rapports sociaux usuels coulent de la même source et risquent de s’alimenter réciproquement dans un processus de répétition à l’infini. La violence génocidaire, même si elle résulte de déterminants historiques complexes, est aussi l’expression ultime, paroxystique, de la violence ordinaire, celle de la cour de l’école, des conflits de voisinage ou conjugaux. Les violences collectives se préparent longtemps à l’avance, avant de se déchaîner par l’effet d’un changement de régime politique. La période d’incubation peut durer plusieurs décennies: un climat de méfiance entre communautés, des haines accumulées, des populations qui se côtoient sans s’estimer et se respecter, tout cela peut constituer un potentiel explosif de violence.

Le génocide, à bien y regarder, n’est autre que la conséquence ultime et monstrueuse d’une imbrication de diverses formes de violence aux déterminants multiples : le réduire à un embrasement interethnique aussi soudain qu’indéchiffrable, ou bien à un règlement de comptes social sur fond de rivalités économiques, ou encore à une conséquence annexe de soubresauts géopolitiques dans la région des Grands Lacs, c’est s’empêcher d’en voir les ressorts psychiques universels, donc d’en tirer les leçons pour nous. 

L’exemple du Rwanda nous invite à prévenir dans la mesure du possible ces violences collectives en comprenant les mécanismes permanents qui peuvent conduire aux pires massacres quand les circonstances requises sont réunies.