Conflit·Diversité·Vie émotionnelle·Violence

Face aux défis de l’intégration: favoriser les conflits

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Un monde globalisé qui souhaite préserver son mode de vie démocratique est nécessairement confronté à un défi complexe : entretenir et renforcer la cohabitation, faire société tous ensemble dans une grande diversité. Peinant à intégrer cette diversité dans un projet commun, l’Europe est aujourd’hui sur le point de se déchirer.

Cette polarisation croissante de la société civile autour des questions liées à l’intégration et à l’accueil des migrants aggrave la crise du lien social. Pourtant, comme toute crise, cette situation constitue certes un danger mais également une opportunité. Nous pouvons éviter de nous diriger vers des formes plus extrêmes de xénophobies et de replis communautaires, à condition de recréer de véritables dialogues entre des personnes et des groupes qui ne se parlent plus et qui ont des visions divergentes, voire contradictoires, de ces questions.

Nous pensons qu’un tel débat doit avoir lieu au niveau local de manière généralisée et au niveau plus global des institutions et des politiques régionales et nationales.

Au niveau local, il est possible d’agir très rapidement. L’approche de Thérapie sociale que nous développons, issue de nombreuses expériences menées ces dernières décennies, consiste à recréer des espaces de coopération entre des acteurs qui sont aujourd’hui souvent séparés ou isolés. Il s’agit de recréer un lien durable entre citoyens (autochtones et étrangers, associations, acteurs bénévoles, commerçants) et les professionnels de l’éducation, de la sécurité ou de l’intervention sociale, de la santé, de la prévention.

Mais attention, il ne suffit pas de créer des rencontres pour espérer recréer du lien et de la coopération. Il importe de soigner les relations entre les gens, entre les groupes d’appartenance. Qu’entendons-nous par soigner ? Les méfiances, les sentiments d’injustice, de discrimination, la haine, l’impuissance entraînent beaucoup de peur et de victimisation auprès de toutes les parties de la société. Nous ne proposons donc pas une psychothérapie des personnes mais un travail sur ces peurs, sur les défiances et les préjugés qui génèrent toujours beaucoup de violence lorsqu’ils sont masqués.

Les conflits autour de la diversité sont inévitables et ne peuvent assurément être résolus sans une prise en compte des émotions. Il s’agit d’un préalable incontournable pour favoriser l’action citoyenne dans la diversité. En effet, notre expérience dans différents pays, différents contextes a démontré que la diversité n’est jamais un problème en tant que tel. C’est l’incapacité d’entendre l’autre, de le comprendre même si nous sommes en désaccord, de voir en lui un adversaire certes, mais un être humain comme nous, qui empêche de vivre ensemble dans la diversité. Cela étant valable bien entendu pour les uns et les autres. La violence dans la relation, qu’elle prenne la forme de l’indifférence, du prosélytisme actif ou du fanatisme religieux et idéologique, constitue toujours un obstacle à la bonne entendu entre les individus et les groupes.   Il s’agit donc de créer les conditions de dialogues conflictuels là où les désaccords existent, afin d’éviter les divisions, séparations, ghettoïsations et la montée des extrémismes de tous bords.

Ainsi, nous pourrons traiter des conflits même profonds qui risquent de se transformer en violences collectives, en repli identitaire ou communautaire, en tentations autoritaires et xénophobes. Pour éviter ces dérives, la mise en place de solutions concertées est indispensable, sans quoi ce ne peut être un véritable projet de société. Pour réussir le délicat défi de l’intégration, un travail d’intégration et de développement citoyen doit donc permettre des conflits constructifs non seulement entre autochtones et migrants, mais bien au-delà.

Il implique un dialogue conflictuel au départ mais qui permette une réconciliation entre des groupes et des milieux aujourd’hui très opposés. Entre les partisans d’idéologies opposées dans la société d’accueil, entre les professionnels des institutions et organisations qui ne poursuivent pas toujours les mêmes buts, et aussi entre des migrants d’origines, de statuts, de confessions et de parcours très divers et sources de nombreuses tensions et crispations qui peut malheureusement contribuer en partie aussi à l’échec de leur intégration.

Pour se former : Vivre ensemble s’apprend !